Quand théâtre et université se mêlent, on n’apprend pas de ceux que l’on croit…
par Etudiantdeparis.fr le 24 février 2010 - Artistes 2010, Etudiantdeparis.fr Aucun commentaire

Prologue narratif
Ils sont 8. Ils se sont rencontrés au conservatoire d’art dramatique du 19e arrondissement. Ils ont entre 21 et 28ans et sont, ou étaient il y a peu, étudiants à l’ université.
De leur études universitaires et théâtrales, ils ont gardé anecdotes, verbe et questions mais aussi un certains recul et une bonne dose de dérision. C’est pourquoi ils ont créé « L’Université du BazArt », pièce de théâtre drolatique, destinée à être jouée en amphi.
Hortense, comédienne mais aussi auteur de la pièce, a donc rencontré il y a quelques années maintenant Christophe, Camille, Sarah, Mickaël, Adèle, Gabriel, Rares et Charlotte au conservatoire du 19e. Puis, le Théâtre du Rond-Point a eu la bonne idée de lancer un appel à projet à destination des élèves des conservatoires d’arrondissement : une pièce courte était présentée et, si elle était retenue, elle serait jouée lors d’un spectacle au Rond-Point, avec d’autres, tous les soirs durant une semaine. L’Université du BazArt première mouture a été retenue et a obtenu de bons retours suite à ces prestations. Hortense a alors cherché à transformer la pièce en format long mais a peiné sur l’écriture.
Nous sommes début 2009 et les événements universitaires que nous connaissons tous débutent. Le petit monde de la fac se pose beaucoup de questions, se remet en cause et l’auteur de la pièce pense alors que c’est le moment ou jamais d’en terminer la rédaction et, surtout, de la jouer. Elle fait appel aux autres comédiens, chacun l’aidant à écrire le rôle lui étant destiné et la troupe monte enfin sur les estrades en mai 2009, pour 7 représentations en fac, à la Bellevilloise (à l’occasion du festival Libre comme l’art) et à la Cité U.
Entre ces représentations, le spectacle est sans cesse retravaillé. Pourquoi ? Pour encourager le public à intervenir, à interagir, à se poser des questions… La pièce joue sur les codes narratifs, c’est une comédie, mais pas que. « On joue sur une confrontation entre les images, le discours et l’action. Les 3 ayant leur logique propre ».
La légitimité de la parole
Dans l’Université du BazArt, les comédiens deviennent profs, élèves, secrétaires d’UFR, appariteurs et les spectateurs sont transformés en étudiants attentifs, assistant à un cours d’histoire de l’art turbulent.
L’histoire de l’art sert de prétexte à la troupe pour montrer images et film, rendant le cours vivant, y introduisant du latin, de l’esthétique, de la philo. Et puis Hortense étudie l’histoire de l’art et, comme elle le dit, « on est bon que dans ce qu’on connaît ».
Tous les personnages de la pièce portent des lunettes, à la fois fils conducteurs de celle-ci et « nez de clown » des acteurs. Ils sont leur personnage une fois les lunettes sur le nez.
D’ailleurs, la question de l’acteur est récurrente dans la pièce : le professeur est-il un acteur ? Le comédien enseigne-t-il à son public ? L’étudiant peut-il apprendre quelque chose aux autres ? Qui sait ? Qui écoute ?
« Il y a l’idée qu’on est tous, à un moment, soit élève, soit professeur. » dit Adèle. « Les codes, par rapport à ceux qui enseignent et ceux qui reçoivent l’enseignement, sont bousculés. Il y a des moments où ceux qui ne sont pas prof deviennent à leur tour enseignants. La pièce est vraiment une réflexion sur le rôle de l’enseignant et celui de l’élève, comment ils s’imbriquent, ce qui fait qu’on est attentif, par qui vient l’enseignement. Et c’est pas forcément ceux qu’on croit. »
La pièce remet aussi en cause le rapport comédien/professeur : « sur la question de l’enseignement, on va tenter d’y implanter de l’humain. Sur la question du théâtre, on va tenter d’y implanter du discours ». Se pose donc la question de la légitimité de la parole : je suis prof, je suis comédien : pourquoi on m’écoute moi et pas un autre ? Pourquoi les autres ne parlent pas ? L’Université du BazArt a été écrite pour inciter le public à réagir, que ce ne soit pas seulement l’enseignant-comédien qui lui parle, pour que ça « déborde ». Ca ne marche pas toujours. La troupe a toutefois eu affaire à un spectateur surmotivé qui tentait de répondre à toutes les questions posées par les comédiens sur scène ou au vrai appariteur qui, ayant envie de rentrer chez lui à l’heure dite, a tenté de fermer la salle, stoppé de justesse par le faux appariteur, le comédien.
La pièce a été faite pour être travaillée avec le public, sans trop de répétitions au début, afin de laisser la place au public de réagir et à l’écriture d’évoluer.
Leur prochain challenge ? Changer quelques éléments de la narration pour que le public ose enfin cette interaction…
L’Université du BazArt se produira pendant le festival ICI&DEMAIN le dimanche 14 mars à 18h30 à la Cité Universitaire Internationale de Paris, Maison de la Belgique (cliquez ici pour réserver une place).
Si vous souhaitez les faire jouer, vous pouvez contacter ubazart@yahoo.fr ou vous rendre sur leur site : http://www.universitedubazart.com/

